Pour
les trois jeunes Afghans expulsés de France , le rêve d'Occident s'est évanoui mercredi matin lorsqu'ils ont foulé la poussière du tarmac de l'aéroport de Kaboul. Le réveil est sans doute rude, mais les autorités françaises ont prévu tout un dispositif pour faciliter le retour des trois jeunes migrants dans leur pays, et de faire en sorte que la vie en Afghanistan devienne plus attractive que la "jungle" de Calais ou que le square Villemin à Paris, où deux d'entre eux ont été arrêtés.
Exceptionnellement, les trois expulsés bénéficient du programme d'appui au retour et à la réinstallation, mis en place par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), rattaché au ministère de l'Immigration. Une aide réservée aux candidats au retour volontaire, mais sans doute accordée pour éviter d'alimenter
le tollé provoqué par ces expulsions. En quittant la France, les trois clandestins afghans ont donc reçu une enveloppe de 2.000 euros. Le montant peut atteindre 3.500 euros pour un couple, auxquels s'ajoutent 1.000 euros par enfant mineur jusqu'au troisième inclus. Le programme prévoit aussi de les loger gratuitement pendant quinze jours dans un hôtel du centre-ville de Kaboul.
Projet professionnel D'autres mesures sont mises en place en partenariat avec une ONG, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). En arrivant en Afghanistan - comme dans treize autres pays -, le migrant bénéficie d'un examen médical et des soins de première nécessité. La prise en charge des transports locaux est aussi assurée. L'ensemble de ces services coûte 100 euros par bénéficiaire, auxquels il faut ajouter 300 euros de frais de personnels, selon le budget ficelé par l'OFII.
Selon le rapport de la commission des finances du Sénat, rédigé à l'occasion de l'examen du budget 2009 du ministère de l'Immigration, l'OFII dispose d'un budget de 150 millions d'euros.
Dans le cadre de ce même accord, plusieurs aides sont aussi prévues en matière de réinsertion et de recherche d'emploi. Chaque personne suivie peut demander une enveloppe de 5.000 euros - pouvant grimper jusqu'à 7.000 euros - pour créer son entreprise, acheter du matériel, se former à un métier ou encore construire sa maison. "On ne lâche pas la personne tant que sa situation ne s'est pas stabilisée. C'est un dispositif efficace", plaide-t-on à l'OFII. En septembre, divers projets économiques montés dans ce cadre ont été validés : un Afghan propose de se lancer dans l'épicerie, un second souhaite ouvrir une boutique de téléphonie et un autre veut devenir chauffeur de taxi.
La réalité du terrain Mais le cadre et les mesures prévues par l'OFII paraissent difficiles à mettre en pratique en Afghanistan, pays en plein chaos et en proie à l'insurrection islamiste. Après avoir été accueillis mercredi matin par des représentants de l'ambassade de France à l'aéroport de Kaboul, les trois Afghans ont rejoint leur hôtel. Mais,
selon Europe 1 , ils y ont dormi juste une nuit avant de partir à l'aube, sac au dos, vers une destination inconnue. Contacté vendredi après-midi par le point.fr, l'OFII n'était pas en mesure de confirmer l'information. En fait, l'Office n'a toujours pas réussi à joindre son contact sur place à Kaboul, chargé de suivre les trois Afghans. "On ne s'occupe jamais des départs forcés, mais que des départs volontaires", se justifie l'organisme. "Mais à partir du moment où ils ont touché 2.000 euros, ils sont tenus de se conformer à notre suivi", rappelle l'OFII.
"En Afghanistan, un pays en guerre, le simple terme de
réinsertion est une fable pour enfant", dénonce Pierre Henry, directeur général de l'association France terre d'asile. Et d'expliquer : "Il n'y a aucune structure dans ce pays, aucune ville n'est sécurisée, le chômage est important et une grande partie de la population est rurale." La première secrétaire du Parti socialiste Martine Aubry a abondé dans ce sens : ces Afghans "ne viennent pas ici pour nous ennuyer, mais pour fuir la guerre, fuir la misère, fuir la pauvreté. Je crois que c'est indigne de notre pays de les traiter ainsi".
Entre janvier et juillet 2009, la France a reconduit au total 88 personnes vers l'Afghanistan dans le cadre du retour volontaire ou humanitaire - notamment les mineurs étrangers non accompagnés -, selon les données de l'OFII. Un chiffre en hausse par rapport à 2008 (60 retours volontaires) et à 2007 (20 retours volontaires). Au total, 11.157 étrangers ont été ainsi reconduits dans leur pays d'origine de janvier à juillet. Pour 2009, le gouvernement s'est fixé l'objectif de 30.000 reconduites à la frontière.