DETTE : LA CHASSE AU PETROLE OU AUX CARGAISONS DE BARILS DU CONGO-BRAZZAVILLE. (le 17/03/2009 à 23h55)
Créancier de l'État congolais, Serge Berrebi cherche en vain à faire saisir dans les banques françaises, où ils transitent, les revenus pétroliers de ce pays d'Afrique
Serge Berrebi avec le président Denis Sassou-Nguesso, en juillet 1980, époque où il gérait une importante ferme avicole.
Fort d'un arrêt de la cour d'appel de Bordeaux condamnant Omar Bongo à lui restituer les sommes qu'il avait dû lui verser pour sortir de la prison de Libreville en 1996, René Cardona a réussi à faire pratiquer une saisie sur les comptes français du chef d'État gabonais. (Lire « SO » du 26 février.) De quoi laisser rêveur Serge Berrebi.
Âgé de 59 ans et retiré sur la Côte d'Azur, cet ancien opérateur de l'industrie agroalimentaire remue ciel et terre depuis dix ans pour contraindre le Congo-Brazzaville à honorer la dette contractée à son égard. Il n'a jamais pu faire exécuter la décision de justice définitive dont il dispose [1].
PATRIMOINEINACCESSIBLE :
En 2000, la cour d'appel d'Aix-en-Provence a jugé que l'État africain devait lui payer 5 millions d'euros (intérêts compris) pour ne pas lui avoir adressé l'intégralité des règlements arrêtés dans le cadre d'un protocole d'accord signé en 1992. Présent au Congo depuis de nombreuses années, Serge Berrebi avait relancé une gigantesque ferme avicole. Il devait être associé au développement de ce complexe né quelques années plus tôt de l'imagination du « milliardaire rouge » Jean-Baptiste Doumeng. Au moment où l'exploitation se redressait, il avait été brutalement écarté, l'État congolais souhaitant reprendre la main.
18 propriétés, 110 comptes bancaires : l'importance du patrimoine que le président du Congo Denis Sassou-Nguesso et ses proches posséderaient en France n'offre pas la moindre opportunité à Serge Berrebi. Ces biens, répertoriés par la police judiciaire à l'issue de la plainte déposée par plusieurs associations pour détournement de fonds publics, appartiennent à des personnes privées. Uniquement titulaire d'une créance sur l'État congolais, Serge Berrebi ne peut donc pas les faire saisir.
LEPACTOLEDUPETROLE :
Quatrième producteur d'hydrocarbures de l'Afrique subsaharienne, le Congo-Brazzaville dépend étroitement de l'or noir. Il couvre 75 % des recettes budgétaires et 90 % des exportations. La Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) commercialise directement une fraction des 250 000 barils extraits chaque jour, en grande partie par Total.
C'est la seule entité liée à l'État africain à apparaître épisodiquement dans l'Hexagone. En 2005, Serge Berrebi croyait toucher au but. Mais il n'avait réussi à saisir que quelques meubles et une malheureuse voiture au siège de l'antenne parisienne de la SNPC, dans le 8e arrondissement de la capitale. Les salariés travaillant sur place n'étaient semble-t-il pas déclarés à l'Urssaf. Sachant que l'argent du pétrole congolais transitait en partie par la France, il a surtout cherché à localiser les comptes de la SNPC.
À plusieurs reprises, des huissiers se sont présentés à la BNP, à la Natexis Banques Populaires et à la Générale. Chaque fois, la réponse fournie plus ou moins rapidement était la même. Plus d'argent sur le compte, compte débiteur, compte déjà saisi. Retors, le créancier n'en a pas cru un seul mot et a contesté systématiquement ces fins de non-recevoir devant les tribunaux. Bien lui en a pris.
LABANQUE« SOCIETE GENERALE »PRISEENFAUTE :
La cour d'appel de Paris a ainsi condamné la Natixis à lui verser 190 000 euros qu'elle avait dissimulés. Elle a surtout infligé 2 millions d'euros de dommages-intérêts à la Société Générale. Lors de la saisie, la banque avait tu l'existence d'un compte de la Société des pétroles congolais lesté de 8 millions de dollars. Reste que Serge Berrebi est loin d'avoir récupéré ce qui lui est dû.
Les revenus des hydrocarbures contribuent à irriguer certaines banques françaises toujours bien en cour à Brazzaville. Mais ils ne se hasardent plus trop dans l'Hexagone, où Denis Sassou-Nguesso était toujours reçu avec les honneurs lorsque Jacques Chirac était à l'Élysée. Le 18 novembre dernier, un huissier venu saisir la BNP Paribas, une banque restée très proche du régime congolais, a constaté que 24,30 $ seulement créditaient le compte de la SNPC.
UNNEGOCEOPAQUE :
En 2004, l'ONG britannique Global Witness, qui traque la corruption internationale, avait mis en lumière de curieux montages juridiques articulés autour de sociétés dirigées par des amis ou des parents de Denis Sassou-Nguesso. Une partie de la manne pétrolière s'évaporait via des commissions prélevées par des sociétés écrans ou des structures propices à des ventes discrètes d'or noir. À plusieurs reprises, des cargaisons avaient été cédées en dessous du prix des marchés à des intermédiaires proches du pouvoir.
Ces révélations avaient suscité une violente offensive juridique des fonds « vautours », ces prédateurs qui rachètent sur les marchés financiers les crédits des États mal en point. En 2005, l'un d'entre eux, propriétaire de 100 millions de dollars de dette publique congolaise, avait même déposé plainte à New York contre la SNPC et la BNP en les accusant de participer à la dissimulation des revenus du pétrole.
Sous la menace, le Congo a finalement dû transiger. Mais les conseillers financiers du régime de Brazzaville ont apparemment réfléchi à de nouveaux montages rendant encore plus difficiles les saisies. Désormais, les opérateurs congolais n'apparaissent plus en première ligne.
« Le négoce du pétrole baigne dans l'opacité la plus totale. Il est quasiment impossible de tracer la circulation des fonds », déplore Serge Berrebi. J'ai découvert que l'une des sociétés qui vend l'or noir congolais est immatriculée dans le paradis fiscal des îles Vierges. Officiellement, elle dispose d'un bureau exécutif à Beyrouth au Liban, mais son véritable patron opère depuis Monaco, où le secret bancaire est total. »
Inaccessible pour Serge Berrebi, la galette pétrolière l'est tout autant pour l'immense majorité de la population de ce petit pays de 3 millions d'habitants. 70 % des Congolais survivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d'un euro par jour.
Publiéle :17 mars2009
Rubrique :International.
Source : Sud-ouest.com
Note :
[1] Serge Berrebi est défendu par le cabinet d'avocats antibois Machetti-Rhodius-Crepaux.
Des artistes français du Cinéma et de la Musique,enmajoritédecouleur, se lèvent contre cette censure par le biais d'une vidéo militante pour défendre la liberté d'expression et culturelle :
VIDEO : Spike-Lee censuré en France
Durant la Seconde Guerre mondiale, dans les montagnes toscanes, une escouade exclusivement composée de soldats noirs américains est encerclée dans un village italien.
Miracle à Santa Anna le dernier film de Spike-Lee est sorti « partout dans le monde » sauf en France. Pourquoi la société de distribution TFM (filiale de TF1) a-t-elle annulé l'exploitation du long métrage historique prévue initialement pour fin octobre 2008 dans l'hexagone sans donner aucune explication officielle ?
VIDEO : La bande annonce du film Miracle à Santa Anna
FRANCE : SAISIE DE QUELQUES COMPTES BANCAIRES DU PRESIDENT GABONNAIS OMAR BONGO ONDIMBA. (le 26/02/2009 à 16h38)
Des comptes bancaires en France du président Omar Bongo ont été saisis récemment à Paris le 13 février 2009, après une condamnation à Bordeaux du président gabonais à restituer une somme versée par le fils d'un Français pour faire libérer son père détenu. C’est le quotidien régional Sud-Ouestqui révèle l'information. Le président gabonais aurait été condamné pour avoir refusé de rembourser René Cardona, un industriel français qui était en procès avec Omar Bongo. Il aurait, selon ses dires, versés en 1996 plus de 450 000 euros pour être libéré de la prison de Libreville après un litige commercial avec le chef de l'Etat gabonais. René Cardona demandait depuis le remboursement de cette « rançon » et la justice française lui a, pour l'instant, donné raison.
Selon le quotidien Sud-Ouest, le président gabonais, Omar Bongo Ondimba, aurait été condamné pour avoir refusé de rembourser l'industriel français, René Cardona.
Un huissier a procédé le 13 février à une saisie-exécution sur des « comptes détenus par Omar Bongo dans deux banques françaises ».« Il s'agit du Crédit Lyonnais -dans lequel le président gabonais possède deux comptes de dépôt, deux comptes sur livret et un compte-titre- et de comptes à la BNP, où il possède deux comptes-chèques, un compte-épargne et un compte-titre », a indiqué jeudi Me Jean-Philippe Le Bail, l'avocat du chef d'entreprise René Cardona.
Me Le Bail a précisé que l'ensemble de ces comptes représente« un peu plus de 4 millions d'euros, sous réserve des opérations en cours ». Ce sont plus de 4 millions d'euros placés par le président gabonais dans des agences parisiennes du Crédit Lyonnais et de la BNP qui, , ont été bloqués le 13 février 2009.
D'après Maître Jean-Philippe le Bail, la saisie n'a pas été facile à mettre en œuvre, mais elle a été opérée suite à un arrêt rendu le 29 septembre 2008 dernier par la cour d'appel de Bordeaux. A cette date, les magistrats bordelais avaient condamné Omar Bongo à « restituer la rançon de 457 000 euros exigée pour la libération de René Cardona en 1996 ». Avec les intérêts et les frais de justice, la somme due par le président gabonais s'élèverait aujourd'hui à plus d’un million d'euros.
Selon l'avocat, le 29 septembre 2008, la cour d'appel de Bordeaux avait condamné Omar Bongo à verser 457.347 EUR au fils d'un chef d'entreprise français qui avait dû verser cette somme (ndlr: 300 millions de francs CFA) sur le compte personnel d'Omar Bongo pour faire libérer son père détenu à Libreville.
a atteint, avec les intérêts qui courent depuis août 1996, plus d'un million d'euros, a précisé l'avocat, confirmant une information révélée jeudi par le quotidien régional Sud Ouest.
En 1996, René Cardona avait été emprisonné à Libreville, suite à un différend avec le chef de l'Etat gabonais à qui il avait vendu sa société d'armement et de pêche. Cette affaire est un différend vieux de plus de 12 ans. Ce dernier avait vendu en 1996 sa pêcherie et sa flottille au chef de l'Etat gabonais et à des membres de sa famille. L'affaire ne marchant pas, Omar Bongo avait demandé à l'industriel de reprendre son bien. Ce que René Cardona avait refusé. Le président, estimant qu'un bateau en mauvais état lui avait été vendu, avait alors déposé plainte pour escroquerie auprès d'un juge d'instruction qui est également son neveu. René Cardona avait, dans la foulée, été incarcéré à Libreville. Pour obtenir sa libération, son fils avait versé directement au président gabonais 300 millions de francs CFA, soit 457 000 euros.
La cour d'appel avait estimé en septembre 2008 dans son arrêt que le versement du fils de M. Cardona était« indu et soumis à restitution ». Les avocats d'Omar Bongo peuvent se pourvoir en cassation mais ce pourvoi ne pourra être examiné que si les sommes dues sont réglées au préalable.
L'avocat bordelais de M. Cardona a indiqué que la décision« est exécutoire »malgré un « pourvoi en Cassation du président gabonais ».
De son côté, l'avocat du président gabonais, Me François Meyer, a indiqué qu'il y avait dans ce dossier« des dettes et des créances réciproques entre les deux parties ».
« Nous sommes dans le cadre d'un différend commercial entre deux personnes privées qui se connaissent depuis des années », a affirmé l'avocat parisien, évoquant une décision du tribunal de commerce de Libreville, qui selon lui, a condamné M. Cardona à verser 900.000 euros de dommages et intérêts à M. Bongo.
« J'avais toujours eu de bons rapports avec le président Bongo, que je connais depuis plus de quarante ans et que j'estime toujours, mais je pense que c'est un homme mal conseillé », a indiqué à l'AFP René Cardona, 75 ans, qui avait été détenu pendant 48 jours, en pleine épidémie de fièvre Ebola.
Selon des procès-verbaux publiés en janvier 2008 par le quotidien Le Monde, M. Bongo disposerait de trente-trois appartements ou maisons dont un hôtel particulier de 18 millions d'euros à Paris, acheté en juin 2007 par une société civile immobilière associant deux de ses enfants.
En mars 2008, le gouvernement gabonais avait vivement protesté contre un reportage de la télévision française publique France 2 sur les biens immobiliers de M. Bongo estimant que cette diffusion s'était faite « au mépris » des« intérêts mutuels, de l'excellence des relations qui lient la France et le Gabon ».
Cette réaction intervenait dans un contexte qui s'était tendu après la reconduite aux frontières par la France de deux étudiants gabonais et une protestation « indignée »du Gabon qui avait menacé« d'appliquer la réciprocité »à l'égard des Français en situation irrégulière au Gabon.
POUR QUEL RAPPORT A ETE REMUNERE KOUCHNER ? AUCUN GABONNAIS NE PEUT SE FAIRE SOIGNER GRATUITEMENT. (le 16/02/2009 à 01h08)
Encore des révélations sur l'affaire. La question d'un éventuel conflit d'intérêts est à nouveau posée. Les relations d'affaires tissées avant sa nomination au gouvernement avec deux régimes africains corrompus et guère soucieux des droits de l'homme devraient-elles conduireBernard Kouchnerà quitter le ministère des Affaires étrangères ? Aux USA, pays où l'on transige difficilement avec l'éthique, l'issue ne ferait guère de doute.Barack Obamavient encore d'en donner l'exemple en se séparant de collaborateurs qu'il venait juste de nommer.
KOUCHNERCONSULTANT :
En France, où les copinages au sommet de l'État sont monnaie courante, il a suffi que l'ancien French doctor affirme sur l'honneur avoir « toujours agi en toute légalité et en toute transparence » pour que cesse le débat politique. La question relative à un possible conflit d'intérêts, c'est-à-dire le fait de profiter d'une mission de service public pour en tirer un avantage personnel, continue à se poser avec insistance. Évoquée dans « Le Monde selon K. », l'ouvrage de Pierre Péan, elle est au coeur de l'enquête publiée aujourd'hui par l'hebdomadaire économique « Challenges ».Entre 2003 et 2006, Bernard Kouchner est intervenu comme consultant au Gabon pour le compte d'Imeda. Cette société venait d'être créée par deux de ses proches, l'ancien diplomate Éric Danon et l'écrivain Jacques Baudoin. Elle avait pour objet social l'amélioration des systèmes de santé en Afrique. Selon « Challenges »,Imedaa signédeux contrats d'une valeur de1,3 million d'euros chacunavec le régime d'Omar Bongo. Le premier concernait une étude sur la réforme du permis de conduire et la mise en place d'une assistance informatique relative au logiciel défaillant du ministère des Finances. Le second portait sur la réalisation d'un audit du système de santé. C'est à ce titre que Bernard Kouchner est intervenu comme consultant (350 000 euros brut bien qu'il ne soit pas sans revenu et sans activité.
MACHINEASUBVENTIONS :
Anticipant sur la défaite de la gauche en 2002, l'ex-French doctor avait pris soin de se faire nommer comme professeur au Conservatoire national des arts et métiers où la chaire Santé et développement avait été créée à son intention. Par ailleurs, au moment où il commençait à faire du business en Afrique, il décrochait grâce à l'appui du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin la présidence du groupement d'intérêt public Esther. Une création de ce même Bernard Kouchner à l'époque où il était ministre de la Santé du gouvernement Jospin.Financé par des fonds publics et les contributions de plusieurs pays européens, cet organisme noue des coopérations hospitalières pour lutter contre le développement du sida dans les pays pauvres. Selon « Challenges », le montant des aides attribuées par Esther au Gabon a épousé l'évolution du chiffre d'affaires d'Imeda. Nulles en 2003, elles ont atteint 172 000 euros en 2004, 320 000 euros en 2005 avant de chuter à 77 921 euros en 2006, époque à laquelle le contrat signé par Imeda arrivait à son terme.
RAPPORTSANSSUITE :
Machine à distribuer des subventions, Esther a-t-elle permis à Bernard Kouchner de développer ses activités de consultant ? L'intéressé s'en défend vigoureusement. Aucune décision n'aurait été prise sans l'avis favorable d'un comité d'examen des projets dont il n'était pas membre. Le site Internet d'Esther reste muet sur la composition de ce comité et les bénéficiaires des concours financiers. Impossible par exemple de savoir si Esther a dispensé ses subsides au Congo où la société Imeda a facturé pour 1,8 million d'euros deux rapports relatifs à la mise en place d'une assurance maladie universelle et à la rénovation du CHU de Brazzaville.
Les études réalisées attestent d'un véritable travail, même si leur coût et surtout la volonté des dirigeants africains d'améliorer les systèmes de soins prêtent à polémique. Au Gabon, « le beau projet d'assurance maladie » que Bernard Kouchner se targue d'avoir mis en place patine. « Il n'est pas opérationnel. Aucun Gabonais ne peut se faire soigner gratuitement », affirmait hier dans les colonnes du quotidien « La Tribune » le député de Libreville Jean Valentin Leyama.
Je suis heureux de participer avec vous aujourd’hui à ce rassemblement qui restera dans l’histoire comme la plus grande manifestation que notre pays ait connu en faveur de la liberté.
Il y a un siècle de cela, un grand américain qui nous couvre aujourd’hui de son ombre symbolique signait notre acte d’émancipation. Cette proclamation historique faisait, comme un grand phare, briller la lumière de l’espérance aux yeux de millions d’esclaves noirs marqués au feu d’une brûlante injustice. Ce fut comme l’aube joyeuse qui mettrait fin à la longue nuit de leur captivité.
Mais cent ans ont passé et le Noir n’est pas encore libre. Cent ans ont passé et l’existence du Noir est toujours tristement entravée par les liens de la ségrégation, les chaînes de la discrimination ; cent ans ont passé et le Noir vit encore sur l’île solitaire de la pauvreté, dans un vaste océan de prospérité matérielle ; cent ans ont passé et le Noir languit toujours dans les marches de la société américaine et se trouve en exil dans son propre pays.
C’est pourquoi nous sommes accourus aujourd’hui en ce lieu pour rendre manifeste cette honteuse situation. En ce sens, nous sommes montés à la capitale de notre pays pour toucher un chèque. En traçant les mots magnifiques qui forment notre constitution et notre déclaration d’indépendance, les architectes de notre république signaient une promesse dont héritait chaque Américain. Aux termes de cet engagement, tous les hommes, les Noirs, oui, aussi bien que les Blancs, se verraient garantir leurs droits inaliénables à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur.
Il est aujourd’hui évident que l’Amérique a failli à sa promesse en ce qui concerne ses citoyens de couleur. Au lieu d’honorer son obligation sacrée, l’Amérique a délivré au peuple noir un chèque sans valeur ; un chèque qui est revenu avec la mention "Provisions insuffisantes". Nous ne pouvons croire qu’il n’y ait pas de quoi honorer ce chèque dans les vastes coffres de la chance en notre pays. Aussi sommes nous venus encaisser ce chèque, un chèque qui nous fournira sur simple présentation les richesses de la liberté et la sécurité de la justice.
Nous sommes également venus en ce lieu sanctifié pour rappeler à l’Amérique les exigeantes urgences de l’heure présente. Il n’est plus temps de se laisser aller au luxe d’attendre ni de pendre les tranquillisants des demi-mesures. Le moment est maintenant venu de réaliser les promesses de la démocratie ; le moment est venu d’émerger des vallées obscures et désolées de la ségrégation pour fouler le sentier ensoleillé de la justice raciale ; le moment est venu de tirer notre nation des sables mouvants de l’injustice raciale pour la hisser sur le roc solide de la fraternité ; le moment est venu de réaliser la justice pour tous les enfants du Bon Dieu. Il serait fatal à notre nation d’ignorer qu’il y a péril en la demeure. Cet étouffant été du légitime mécontentement des noirs ne se terminera pas sans qu’advienne un autonome vivifiant de liberté et d’égalité.
1963 n’est pas une fin mais un commencement. Ceux qui espèrent que le Noir avait seulement besoin de laisser fuser la vapeur et se montrera désormais satisfait se préparent à un rude réveil si le pays retourne à ses affaires comme devant.
Il n’y aura plus ni tranquillité en Amérique tant que le noir n’aura pas obtenu ses droits de citoyen.
Les tourbillons de la révolte continueront d’ébranler les fondations de notre nation jusqu’au jour où naîtra l’aube brillante de la justice.
Mais il est une chose que je dois dire à mon peuple, debout sur le seuil accueillant qui mène au palais de la justice : en nous assurant notre juste place, ne nous rendons pas coupables d’agissements répréhensibles.
Ne cherchons pas à étancher notre soif de liberté en buvant à la coupe de l’amertume et de la haine. Livrons toujours notre bataille sur les hauts plateaux de la dignité et de la discipline. Il ne faut pas que notre revendication créatrice dégénère en violence physique. Encore et encore, il faut nous dresser sur les hauteurs majestueuses où nous opposerons les forces de l’âme à la force matérielle.
Le merveilleux militantisme qui s’est nouvellement emparé de la communauté noire ne doit pas nous conduire à nous méfier de tous les Blancs. Comme l’atteste leur présence aujourd’hui en ce lieu, nombre de nos frères de race blanche ont compris que leur destinée est liée à notre destinée. Ils ont compris que leur liberté est inextricablement liée à notre liberté. L’assaut que nous avons monté ensemble pour emporter les remparts de l’injustice doit être mené par une armée biraciale. Nous ne pouvons marcher tout seuls au combat. Et au cours de notre progression, il faut nous engager à continuer d’aller de l’avant ensemble. Nous ne pouvons pas revenir en arrière. Il en est qui demandent aux tenants des droits civiques : "Quand serez vous enfin satisfaits ?" Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que le Noir sera victime des indicibles horreurs de la brutalité policière.
Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que nos corps recrus de la fatigue du voyage ne trouveront pas un abri dans les motels des grandes routes ou les hôtels des villes. Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que la liberté de mouvement du Noir ne lui permettra guère que d’aller d’un petit ghetto à un ghetto plus grand.
Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que nos enfants seront dépouillés de leur identité et privés de leur dignité par des pancartes qui indiquent : "Seuls les Blancs sont admis." Nous ne pourrons être satisfaits tant qu’un Noir du Mississippi ne pourra pas voter et qu’un Noir de New York croira qu’il n’a aucune raison de voter. Non, nous ne sommes pas satisfaits, et nous ne serons pas satisfaits tant que le droit ne jaillira pas comme les eaux et la justice comme un torrent intarissable.
Je n’ignore pas que certains d’entre vous ont été conduits ici par un excès d’épreuves et de tribulations. D’aucuns sortent à peine de l’étroite cellule d’une prison. D’autres viennent de régions où leur quête de liberté leur a valu d’être battus par les tempêtes de la persécution, secoués par les vents de la brutalité policière. Vous êtes les pionniers de la souffrance créatrice. Poursuivez votre tache, convaincus que cette souffrance imméritée vous sera rédemption.
Retournez au Mississippi ; retournez en Alabama ; retournez en Caroline du Sud ; retournez en Géorgie ; retournez en Louisiane, retournez à vos taudis et à vos ghettos dans les villes du Nord, en sachant que, d’une façon ou d’une autre cette situation peut changer et changera. Ne nous vautrons pas dans les vallées du désespoir.
Je vous le dis ici et maintenant, mes amis : même si nous devons affronter des difficultés aujourd’hui et demain, je fais pourtant un rêve. C’est un rêve profondément ancré dans le rêve américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont crées égaux. »
Je rêve que, un jour, sur les rouges collines de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.
Je rêve que, un jour, l’État du Mississippi lui-même, tout brûlant des feux de l’injustice, tout brûlant des feux de l’oppression, se transformera en oasis de liberté et de justice. Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve !
Je rêve que, un jour, même en Alabama où le racisme est vicieux, où le gouverneur a la bouche pleine des mots « interposition »et « nullification », un jour, justement en Alabama, les petits garçons et petites filles noirs, les petits garçons et petites filles blancs, pourront tous se prendre par la main comme frères et sœurs. Je fais aujourd’hui un rêve !
Je rêve que, un jour, tout vallon sera relevé, toute montagne et toute colline seront rabaissés, tout éperon deviendra une pleine, tout mamelon une trouée, et la gloire du Seigneur sera révélée à tous les êtres faits de chair tout à la fois.
Telle est mon espérance. Telle est la foi que je remporterai dans le sud.
Avec une telle foi nous serons capables de distinguer, dans les montagnes de désespoir, un caillou d’espérance. Avec une telle foi nous serons capables de transformer la cacophonie de notre nation discordante en une merveilleuse symphonie de fraternité. Avec une telle foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d’aller en prison ensemble, de nous dresser ensemble pour la liberté, en sachant que nous serons libres un jour. Ce sera le jour où les enfants du Bon Dieu pourront chanter ensemble cet hymne auquel ils donneront une signification nouvelle -"Mon pays c’est toi, douce terre de liberté, c’est toi que je chante, pays où reposent nos pères, orgueil du pèlerin, au flanc de chaque montagne que sonne la cloche de la liberté"- et si l’Amérique doit être une grande nation, il faut qu’il en soit ainsi. Aussi faites sonner la cloche de la liberté sur les prodigieux sommets du New Hamshire.
Faites la sonner sur les puissantes montagnes de l’État de New York. Faites la sonner sur les hauteurs des Alleghanys en Pennsylvanie. Faites la sonner sur les neiges des Rocheuses, au Colorado. Faites la sonner sur les collines ondulantes de la Californie. Mais cela ne suffit pas.
Faites la sonner sur la Stone Mountain de Géorgie. Faites la sonner sur la Lookout Mountain du Tennessee. Faites la sonner sur chaque colline et chaque butte du Missipi, faîtes la sonner au flanc de chaque montagne.
Quand nous ferons en sorte que la cloche de la liberté puisse sonner, quand nous la laisserons carillonner dans chaque village et chaque hameau, dans chaque État et dans chaque cité, nous pourrons hâter la venue du jour où tous les enfants du Bon Dieu, les Noirs et les Blancs, les juifs et les gentils, les catholiques et les protestants, pourront se tenir par la main et chanter les paroles du vieux « spiritual noir » :« Libres enfin. Libres enfin. Merci Dieu tout-puissant, nous voilà libres enfin. »
VIDEO : MartinLutherKing« I have a dream » (Sous titré en frannçais)